Prix du meilleur ouvrage 2020

Cette année, la SQET attribue le prix du meilleur ouvrage portant sur le théâtre québécois ou canadien d’expression française ayant été publié en 2017, 2018 ou 2019.  La sélection est principalement basée sur la qualité scientifique de l’ouvrage (Pertinence/contribution de l’ouvrage; Rigueur de la démarche ; Originalité de la démarche et des analyses; Profondeur du contenu et des résultats ; Cohérence et clarté de l’argumentation; Qualité des sources), de même que sur la qualité de la présentation (format général et visuel; structure; qualité et clarté du vocabulaire).

Après une première sélection de 14 ouvrages, deux comités se sont formés et, à la suite de deux concertations, il fut décidé de remettre le prix à l’ouvrage collectif dirigé par Gilbert David, Carole Fréchette, Dramaturge : Un théâtre sur le qui-vive, publié par Nota Bene. Une mention spéciale se voit aussi accordée à la monographie de Julie Burelle, Encounters on Contested Lands : Indigenous Performances of Sovereignty and Nationhood in Québec, publiée par Northwestern University Press, qui s’est également démarqué de manière considérable au sein de ce processus de sélection. La SQET tient à souligner la richesse des récentes contributions au théâtre québécois et canadien d’expression française!

David, Gilbert (dir.) (2017). Carole Fréchette, Dramaturge : Un théâtre sur le qui-vive. Canada : Nota Bene, Études culturelles.

L’ouvrage collectif Carole Fréchette, dramaturge : un théâtre sur le qui-vive, dirigé par Gilbert David et publié chez Nota bene en 2017, contribue de manière considérable au champ des études théâtrales québécoises en ce qu’il est consacré à l’une des figures majeures de la dramaturgie québécoise. Suivant une démarche exhaustive, David a su réunir une impressionnante équipe d’intervenant.e.s d’ici et d’ailleurs, aux expertises variées, permettant une triangulation de points de vue. L’ouvrage est structuré de manière à ce que les différents textes livrent une fine analyse, progressant chronologiquement, puis transversalement, jusqu’à culminer dans l’antre de l’écriture fréchettienne, la dramaturge elle-même reprenant le pinceau pour terminer son portrait esthétique.

L’ouvrage collectif se démarque ainsi par l’originalité et la profondeur des analyses soutenues par une diversité de perspectives minutieusement orchestrées (celles d’Hélène Beauchamp, Marion Boudier, Karine Cellard, Denise Cliche, Francis Ducharme, Louise H. Forsyth, Carole Fréchette, Hervé Guay, Marie-Aude Hemmerlé, Sylvain Lavoie, Barbara Métais-Chastanier, Madeleine Monette, Nicole Nolette, Stéphanie Nutting, Pascal Riendeau, Lucie Robert, Jean-Philippe Roy et Sara Thibault).

Le format général de l’ouvrage – également disponible en version virtuelle – est de grande qualité : petit livre à la jaquette gaufrée agréable au toucher et tenant bien en main, celui-ci rappelle les plaisirs de la lecture des textes de Fréchette. L’intérêt et la contribution de l’ouvrage est multiple en ce que sa lecture devient incontournable pour ceux et celles qui souhaitent découvrir ou approfondir l’œuvre de Fréchette, s’y appuyer dans le cadre d’un cours, d’une recherche, de nouvelles analyses ou encore de prochaines mises en lecture ou en scène.

Burelle, Julie. (2018). Encounters on Contested Lands : Indigenous Performances of Sovereignty and Nationhood in Québec. Northwestern University Press.

La monographie Encounters on Contested Lands : Indigenous Performance of Soverignty and Nationhood in Québec, publiée en 2018 chez Northwestern University Press, est un examen en bonne et due forme de la représentation des Autochtones dans l’imaginaire québécois francophone et du désir d’« autochtonisation » qui l’habite. La rencontre (encounter) récurrente de l’ouvrage, que Julie Burelle théorise sous forme de scénario sensible vécu dans le corps et le milieu social, est souvent faite de collisions de récits nationaux, d’usurpation de l’identité autochtone, de ressentiments, mais aussi d’endurance et de rapatriement d’objets et de territoires non cédés.

Digne héritier des Performance Studies à l’américaine, l’ouvrage de Burelle traite de performances variées et d’œuvres qui mobilisent le rituel pour imaginer le passé et l’avenir des peuples autochtones en Amérique. En se positionnant elle-même comme une des « French Québécois de souche » vers lesquels elle vise sa critique, et en citant de nombreux artistes, chercheurs et activistes autochtones et non-autochtones, Burelle expose de nombreuses fissures dans l’imaginaire national québécois et les laisse béantes, troublantes, refusant de les laisser guérir. À l’époque où le Canada et plusieurs autres pays ayant un passé colonialiste reconnaissent les nombreux torts qu’ils ont causés aux peuples des Premières Nations, l’ouvrage de Julie Burelle, en s’appuyant sur les politiques toujours en usage des gouvernements canadiens, telle l’Indian Act, souligne que les traces du colonialisme, sa violence et ses effets pervers sont toujours bien réels. La force de Burelle est de mettre toutes ces performances en dialogue, d’en faire parler la vérité critique pour mieux décoloniser, tout en restant vigilante à la possibilité constante de recolonisation.

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